lundi 19 novembre 2007

Interlude : L’Italie en crise !

Après les graves incidents de dimanche autour des stades de football, Rome redoutait de nouveaux désordres, mercredi 14 novembre, à l’occasion des obsèques du jeune supporteur romain tué par un policier.
Mardi, les sites Internet et les blogs des principaux groupes d’ultras de la Péninsule ont invité les tifosi à converger vers la capitale pour rendre un dernier hommage au « pauvre Gabriele Sandri ». Au-delà de la réaction spontanée à une bavure policière, les autorités estiment que les émeutes de dimanche soir dans la capitale italienne ont pu être politiquement orchestrées.
Le patron de la police a évoqué « l’organisation militaire » des assauts menés par les jeunes manifestants contre une caserne de carabiniers et un commissariat de quartier. Il a rappelé qu’il existe « une forte composante politique à caractère néofasciste dans les groupes ultras ». Le soupçon qu’il ne s’agisse pas d’une simple violence liée au football a été reformulé mardi par le ministre de l’intérieur, Giuliano Amato, devant la Chambre des députés : « Des noyaux subversifs alimentent l’extrémisme chez les tifosi, a-t-il déclaré. Ils cherchent à enrôler comme militants armés contre la police de nombreux jeunes qui trouvent là leur identité. »
Contre les quatre jeunes gens arrêtés pendant les incidents, le parquet de Rome a retenu la charge de « terrorisme », qui pourrait leur valoir jusqu’à dix ans de prison.
Pour le sociologue Franco Ferrarotti, interrogé par Il Corriere della sera, il s’agissait d’une opération
«montée savamment en réaction à un cas isolé, avec l’objectif bien précis de lancer une attaque contre le pouvoi ».

La police est un symbole de l’Etat contre lequel les divers groupes d’ultras font de plus en plus souvent l’union sacrée depuis la mort d’un policier, le 2 février, à Catane (Sicile), lors d’un affrontement avec des supporteurs. « Entre les forces de l’ordre et les tifosi s’est crééau fildutemps une dynamique d’interaction négative », résume la sociologue Donatella Della Porta.

Les politiques s’efforcent en majorité de circonscrire le phénomène au domaine du calcio, le football italien, mais la dimension politique et sociale, voire protestataire, des événements violents autour des stades commence à émerger. « Chez nous, il n’y a pas de banlieues en révolte comme en France en 2005, écrivait La Stampa, mardi 13 novembre. Le problème est que nos banlieues sont dans nos stades ou, mieux, autour des stades. »

Selon le sociologue Massimo Ilardi, la violence récurrente du calcio est représentative d’un pays mû par « un état d’agitation constant qui génère une marmite bouillante de colère sociale dans laquelle se mélangent des motifs publics ou privés ».
Le stade de football comme caisse de résonance d’un profond malaise politique et social ? C’est l’analyse de certaines stars du calcio notamment Bouffon ou Canavarro: « Le gouvernement utilise chaque occasion qu’il peut trouver pour imputer au football les problèmes de la société italienne, note Clarence Seedorf, le joueur néerlandais du Milan AC, club de Silvio Berlusconi.
Les gens sont mécontents. Des groupes viennent au stade exprimer des sentiments qui ne sont pas positifs, mais ce n’est pas lié à une déception concernant l’équipe. C’est toute la société qui manque de leader et de clarté. »

Une bonne moitié des 529 groupes d’ultras répertoriés par l’Observatoire sur la sécurité du ministère de l’intérieur affichent clairement une couleur politique, de l’extrême droite pour 72 d’entre eux, à l’extrême gauche pour 35 autres. Certains observateurs, comme Franco Ferrarotti,
estiment que ces groupes sont « peut-être un parti transversal en train de naître »dans
la mesure où « la politique se fait de plus en plus hors de la politique officielle ».

Ca fait frémir !

Aucun commentaire: